Les livres de nos vies

Chronique pour la matinale du 17 janvier 2018.

Chère auditrice, cher auditeur. Mes vœux pour cette nouvelle année. Pour cette première chronique de 2018, je vous propose de nous intéresser à la génétique.

Du grec « genos » signifiant la naissance, le gène désigne l’unité d’information employée à chaque fois qu’il faut faire naitre des protéines. Les protéines ce sont ces molécules complexes qui ont une fonction définie par leur forme.
En clair, lorsqu’il faut créer une protéine, un certain gène est lu puis retranscrit de sorte à ce qu’à la fin, on obtienne la protéine voulue.

Les gènes, ce sont des sortes de recettes de cuisine. Vous voulez tel gâteau ? Il y a tel ensemble de gènes, représentant chacun une étape de la recette. Les gènes, se regroupent dans des livres de cuisines : le génome. L’Homme a un génome portant environ 22 000 gènes.

Mais qu’est-ce qui fait que les gènes sont lus? Qui sont les cuisiniers de cette métaphore ?
Ce sont des protéines. Elles sont en charge de la lecture des gènes mais aussi responsables de la réparation du génome et de sa duplication.

Bref, gènes et protéines sont main dans la main pour tout ce qui concerne le développement et le fonctionnement d’un organisme.
Du développement embryonnaire, à la spécificité des globules rouges, aux anticorps, tout est codé par des gènes.

Je me dois aussi de mettre en valeur un troisième niveau en jeu : l’épigénétique. Ce sont l’ensemble des marqueurs chimiques qui viennent s’apposer dans le génome : leur rôle consiste à mettre en valeur, masquer ou exprimer différemment de mêmes gènes.
L’épigénétique, ce sont les notes de bas de pages, les soulignements, les mises en gras dans notre livre de cuisine.

Prenons à présent un exemple : la taille d’un individu. C’est le résultat de l’expression de nombreux gènes.  Du fait que le grandissement d’une personne est l’aboutissement de beaucoup de mécanismes, il est normal qu’il y ait de nombreux gènes en jeu. La variabilité de chacun de ces gènes expliquant nos différences de tailles.

Par exemple il faut des gènes pour l’évolution des os, des muscles. Mais rappelons nous que la part génétique n’est pas totalement déterminante : les gènes sont lus avec la marque de l’épigénétique.
C’est ce qui fait que deux jumeaux n’ont pas toujours une taille identique. Ce qui fait la différence, c’est l’environnement, mais aussi un hasard moléculaire intrinsèque.

Il faut penser un tel mécanisme génétique comme étant une longue séquence d’expression de nombreux gènes. Chaque gène gère un petit facteur, et son expression ou non a une influence plus ou moins importante. Bref, c’est une longue recette, et si vous remplacez le sucre par du sel, ça ne fera pas la même différence que si vous remplacez du citron jaune par du citron vert.

Pour estimer l’importance de l’influence de l’environnement et du hasard, il faut faire des études statistiques précises. L’une de ces façons, c’est de considérer des études de jumeaux.

On réunit des jumeaux séparés à la naissance, et on compare les similitudes en comparant aussi si ce sont de vrais ou de faux jumeaux. Cela permet de cerner avec précision l’importance de la génétique : si un gène est un élément central de la recette, alors la corrélation pour que deux vrais jumeaux ait la même expression est de 100%. C’est par exemple le cas du sexe.
Si l’expression a une corrélation moindre, comme 50%, cela signifie que l’apport génétique est certain, mais qu’il est trop complexe pour ignorer les influences de l’environnement et du hasard.

Pour la taille, la corrélation mesurée est de 50%. Cela vous laisse vous faire une idée de ce que ça représente. Prenez deux jumeaux, et dites vous qu’il y a une corrélation de 50% pour qu’ils aient la même taille, indépendamment de l’environnement dans lequel ils ont vécu. Indépendamment de l’environnement, car rappelez-vous, ils ont été séparés à la naissance.
50% c’est beaucoup. Quelqu’un de grand l’est non pas par choix, mais par une contribution forte de son patrimoine génétique.

Maintenant j’aimerais passer au message de ma chronique. J’ai envie de prendre à bras le corps une question de société difficile, du moins périlleuse.
Il y a un autre caractère qui a une corrélation de 50%, c’est l’homosexualité.

Tout comme « devenir grand » n’est pas un accomplissement personnel, les homosexuels ne le sont pas devenus, ils ont exprimé des gènes déjà en eux. Et les facteurs environnementaux ne sont pas ceux auxquels certains pensent.
Pour tout dire, l’hypothèse actuelle chez l’homosexualité masculine, c’est une exposition hormonale légèrement différente dans l’utérus pendant la grossesse de la mère. Bref, rien à voir avec la culture.

D’ailleurs on le savait déjà. Les comportements homosexuels sont répertoriés dans toutes les cultures et à toutes les époques. On retrouve même de tels comportements chez d’autres espèces.

Je me dois maintenant de faire barrage à ceux qui disent qu’il faut exclure de tels comportements, quitte à faire de l’eugénisme.
Les variations génétiques sont nécessaires a l’évolution. Pour qu’une espèce évolue, il faut à la fois de la variation et de la sélection.
Si l’homosexualité parait à première vue difficilement un avantage, le fait qu’elle soit présente dans beaucoup d’espèces différentes révèle au moins que ça n’est pas un désavantage.

Aussi, on a constaté chez certaines espèces que les couples homosexuels étaient naturellement ceux adoptant les petits des parents morts. Du fait de l’impossibilité de procréer, ils auraient un rôle naturel pour s’occuper des orphelins. Ainsi, l’adoption n’a jamais fait débat dans la nature.

Il est temps pour moi de m’arrêter. J’aimerais juste faire passer un dernier message. Il faut que les scientifiques prennent absolument part dans ces débats. On ne peut plus laisser des choses affreuses et qui portent atteinte à autrui se laisser dire. Des gens souffrent, pour de vrai, et s’il y a des petites choses que nous pouvons faire avec notre baggage scientifique, il faut que nous les fassions.

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