Supplie ton parcours

Chère auditrice, cher auditeur. Aujourd’hui on s’attaque à Parcoursup. Je découvrais ce lundi matin que la ministre Frédérique Vidal avait accordé une interview au journal 20 minutes, pour vanter les bienfaits de Parcoursup par rapport à son ancêtre, Admission Post Bac de son petit nom APB.
Des erreurs se collectionnent avec ce nouveau système, alors prenons le temps d’en mentionner.

Commençons par résumer à grands traits ce qui a changé entre l’ancienne plateforme, à savoir APB, et Parcoursup.
Tout d’abord, APB fonctionnait par système de voeux hiérarchisés. On indiquait au plus une vingtaine de voeux, tous classés de sorte à ce qu’à la distribution des voeux, si on obtient un voeux alors les voeux qui suivent dans le classement sont ignorés. Par exemple, si vous obtenez votre premier voeux, alors c’est fini pour vous, il ne reste qu’à l’accepter ou à sortir du système pour accéder à l’une des formations qui ne sont pas présentes dans APB. Avec Parcoursup, cela a changé puisque maintenant les voeux, dont ils sont au nombre maximum de dix, ne sont plus du tout hiérarchisés.
Une deuxième grande différence tient en le fait que Parcoursup démarre la distribution des voeux bien plus tôt qu’APB, en mai plutôt qu’en juin.
Enfin, une troisième différence réside en l’abandon du tirage au sort pour les filières non-sélectives mais en manque de places par rapport aux demandes. C’était le cas avec APB, ça ne l’est plus.

Pour le premier changement, à savoir sur l’ordre des voeux, la raison donnée pour motiver cette décision politique est qu’un étudiant pourrait préférer le voeu A au voeu B, le voeu B au voeu C et le voeu C au voeu A. Mais c’est un argument nul.
Si l’étudiant obtient les trois voeux, comme cela est désormais possible, il devra bien faire un choix. La mise en ordre des voeux est donc retardée aux moments de la distribution des voeux, alors que pour APB elle était réfléchie par l’élève en amont, avec donc moins de stress et plus de temps de réflexion attribué à cette tâche.

Pour ce qui est du deuxième changement, l’idée était de permettre aux élèves d’être moins stressés à l’approche du baccalauréat.
Comme je viens de le dire, la réduction de ce stress est déjà contestable au niveau de la mise en ordre des voeux. Mais pire, on va voir très exactement que Parcoursup fait moins bien qu’APB et a donc failli à cet objectif.

Enfin, sur le troisième changement quant au tirage au sort, il ne tient pas ses promesses car les filières non-sélectives avec trop de candidats et pas assez de places ont du mettre en place un système de classement des candidats. Sauf que ce système est interne, souvent mal mené par manque de moyens. Comment classer 800 étudiants qui veulent une licence de droit quand il y a 5 personnes pour gérer tous les dossiers ?
On a donc remplacé le tirage au sort par du classement à la volé, trop rarement bien fait.

Ces trois changements, à eux seuls, donnent lieu à une nouvelle dynamique. Les meilleurs élèves, c’est-à-dire les élèves venant des lycées les plus favorisés et avec les meilleurs résultats, obtiennent un très grand nombre de leurs voeux et retardent la distribution des voeux pour les suivants. Alors qu’APB ne donnait que le premier voeux dans ce cas de figure, Parcoursup peut distribuer les 10 et prendre donc temporairement 10 places pour un seul élève.
Temporairement, car il y a un grand nombre de phases espacées de quelques heures (coucou le stress pour les élèves) où les voeux sont censés descendre dans les classements. Le problème avec ce mécanisme c’est qu’il est excessivement lent et est de façon flagrante basé sur une injustice sociale.

On observe donc depuis quelques jours des filières très sélectives, comme par exemple les prépas du lycée Louis le Grand avec un grand nombre de places non pourvues car les voeux sont collectionnés par les meilleurs élèves et pas libérés assez vites. Et c’est un phénomène assez général aux prépas les plus sélectives, illustrant donc que même le système sélectif peine à trouver ses étudiants.

Venons-en à l’interview donnée au journal 20 minutes par la ministre. Elle célèbre le fait suivant :

80 % des candidats ont reçu en moyenne trois propositions, alors que l’an dernier à la même époque 80 % des candidats avaient reçu une proposition seulement.

C’est se moquer du monde : à l’époque d’APB il était impossible de recevoir simultanément plusieurs propositions début Juin, puisque c’était le premier tour et qu’un seul voeu était distribué. Pire encore, le système Parcoursup a été fait en réaction au trop grand nombre de lycéens sans voeu avant les épreuves du bac l’an dernier. Or on apprend donc que la même proportion a reçu en moyenne trois voeux. Trois voeux, sur tous ceux inscrits. Donc autant vous dire que les trois voeux moyens sont généralement ceux des filières les moins en tension, et donc souvent les voeux qui ne sont pas désirés par les candidats, alors même que l’an dernier ils étaient plus de 49% a obtenir leur premier voeu.

Mais cette tournure de phrase, à savoir « 80% des candidats ont reçu en moyenne trois propositions » est la meilleure façon de ne rien dire. Il se passe quoi pour les 20% restants ? Ont-ils seulement eu une proposition ? En prenant 80% et en faisant une moyenne, on perd en réalité toute information pertinente.
J’ai donc du vérifier mon instinct et aller consulter les statistiques du ministère sur le déroulement de Parcoursup. On constate qu’en réalité 78,5% des candidats ont reçu au moins une proposition. On peut pas vraiment dire que ce soit un succès, puisqu’on ne passe même pas la barre des 80%. Ce qui est certain, c’est que plus de 20% des élèves n’ont toujours pas de proposition.

Ainsi, très précisément, avec APB à la même date, ils étaient 652 980 a obtenir une proposition. Aujourd’hui ils sont 637 487 avec Parcoursup. Cela fait une différence de plus de 15 000 élèves. Pour un système qui voulait faire mieux qu’APB avant le bac, c’est sans équivoque raté.
Pour ce qui est de la qualité des voeux obtenus, on n’a évidemment plus de classement avec Parcoursup, en revanche on sait que 42,3 % ont accepté définitivement une proposition. Cela reste en-dessous des 49% obtenant leur premier voeu l’an dernier, même en ajoutant les 5% qui ont quitté Parcoursup en ayant eu une proposition. C’est une baisse significative de la qualité des voeux distribués.

Pour conclure cette chronique qui devient trop longue, laissez-moi souligner ce qui ne va pas. Ce qui ne va pas, c’est que le ministère a cru que le problème de l’admission dans le supérieur était APB. Or APB a en réalité plutôt bien fait son job, et d’ailleurs on retrouve les mêmes problèmes avec Parcoursup, en ayant été aggravés entre-temps.
Le véritable problème c’est que l’enseignement supérieur ne s’est pas véritablement adapté à la hausse du nombre d’étudiants. Vous avez beau faire tous les algorithme possibles, s’il n’y a pas assez de places là où il en faut, il y aura des problèmes.

J’ai laissé des sources consultables dans le texte. La plupart des chiffres sont donnés par le ministère lui-même.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.