Bouquet harmonique

Chère auditrice, cher auditeur. C’est donc notre dernière chronique matinale de l’année. Je me suis dit que pour cette dernière matinale, je devrais marquer le coup en proposant quelque chose d’inattendu. Vous aviez l’habitude de mes lectures peu orthodoxes pour un scientifique. Vous aviez l’habitude de comparaisons exotiques entre les mathématiques et les arts.
Alors voici la question du jour : qu’ont en commun un Umlaut, l’analyse fonctionnelle et la Haute-Asie ?

Commençons par l’Umlaut. C’est une accentuation que l’on retrouve dans la langue allemande et qui indique le passage d’une voyelle à une autre, par exemple de o à ö, de a à ä et de u à ü.
Il y a quelque chose d’assez facile à remarquer, c’est qu’à chaque fois le passage d’une de ces voyelles à l’autre se fait par le même effort de la mâchoire : on descend légèrement le palais et on avance légèrement la langue.
Cela met en fait en valeur le phénomène suivant : les voyelles a et ä de la langue allemande sont très proches d’un point de vue des harmoniques produites, et pour passer de l’une à l’autre il suffit d’un petit effort au niveau de la mâchoire et de la langue.

Je m’explique : lorsque l’on produit un son de voyelle, on arrive à distinguer celle-ci des autres par les harmoniques du son produit. Les harmoniques c’est un peu la signature d’un son, c’est ce qui le définit physiquement. Il y a une première fréquence, la plus grave, qu’on dit fondamentale et toutes les autres harmoniques sont des multiples entiers de cette première fréquence. La fréquence fondamentale c’est celle que l’on repère pour comprendre la hauteur du son et les harmoniques nous permettent de comprendre le timbre.
C’est pour cela qu’on peut chanter des paroles : on peut produire différents sons sur une même fréquence fondamentale et la modulation des harmoniques dans leur amplitude permet de distinguer les différents sons du langage.
En clair, ce qui permet à votre cerveau de distinguer le son e et a ce sont les amplitudes des harmoniques produites.

Physiologiquement, lorsque l’on chante, les cordes vocales vibrent, et les harmoniques sont produites par les raisonnances qui interviennent dans notre corps, principalement au niveau de la gorge, de la bouche et des sinus.
C’est pour cela que l’on parle de voix de poitrine ou de voix de tête : cela désigne le principal lieu de raisonnance des harmoniques, c’est-à-dire quelles sont les harmoniques les plus importantes dans le son produit. C’est aussi pour cela que l’on arrive à dire lorsque quelqu’un est enrhumé simplement par les sons qu’il produit : c’est l’encombrement du nez et des sinus qui modifie les amplitudes normales des harmoniques.
Ce qui est donc amusant avec les trémas du Umlaut, c’est qu’ils indiquent par un même symbole un même mouvement physiologique. C’est un peu comme si pour désigner la lettre i on dessinait un sourire.

Voilà donc la partie de la réponse concernant le Umlaut et l’analyse fonctionnelle, qui est une partie des mathématiques qui s’intéresse entre autres à ces questions de répartitions d’harmoniques. Venons-en à la Haute-Asie. Il y a un chant tout à fait reconnaissable de cette région, c’est le chant diphonique. Il est par exemple pratiqué en Mongolie et ces chants ont une esthétique très particulière, assez déroutante quand on connait pas.
En fait, lorsque l’on regarde ces chants selon les harmoniques produites, on se rend compte qu’une ou plusieurs harmoniques sont largement exagérées. Cela fait que l’on a l’impression d’entendre plusieurs notes alors qu’il ne s’agit en réalité que d’une seule fréquence fondamentale.
Pour produire un chant diphonique, il faut arriver à produire une raisonnance importante sur des harmoniques ciblées. Cela se fait musculairement au niveau du larynx, du palais et de la langue.

Vous remarquerez aussi dans ces chants que ce sont souvent des notes très graves qui sont produites. Cela s’explique par le fait que les sons graves sont ceux qui offrent le plus d’harmoniques puisqu’une plus grande partie du corps peut rentrer en raisonnance.
Ainsi, un son diphonique se repère par une fréquence fondamentale généralement très grave, et des harmoniques dont certaines sont très amples. Voici un extrait.

Sur ce, je vous laisse découvrir cette pratique du chant. On se retrouve tout cet été pour des chroniques intempestives. Suivez-moi sur ma page ou sur iTunes !

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