Nucléaire durable ?

Chère auditrice, cher auditeur. Pour cette matinale au thème de l’écologie, j’ai pensé qu’il serait intéressant de se frotter à un sujet difficile, à savoir la transition énergétique.
Peut-être faut-il d’abord rappeler l’enjeu majeur actuel pour notre environnement. Cet enjeu c’est le réchauffement climatique. Il y a donc un besoin de plus en plus urgent pour la réduction des gaz à effet de serre. C’est la priorité car c’est le danger le plus grand. La question de la transition énergétique se pose alors ainsi : comment produire suffisamment d’énergie tout en limitant l’émission des gaz à effet de serre ?

Dans ces productions d’énergie, ou plutôt on devrait dire dans ces transformations d’énergie car l’énergie se conserve, il y a le chauffage, les transports mais aussi l’électricité. L’électricité représente environ 25% de la demande énergétique. C’est donc un point stratégique pour la transition énergétique.
Pour l’analyse qui va suivre, je vais m’appuyer sur une source que je pense fiable, à savoir l’Académie des sciences. Elle a produit en 2015 un avis sur la transition énergétique, et en 2017 un libre point de vue d’académiciens qui a été signé par tous les membres du Comité de prospective en énergie de l’Académie des sciences.

Tout d’abord faisons un petit tour des différentes solutions qui produisent de l’énergie en France. Nous avons tout d’abord des sources fossiles, à savoir le charbon, le pétrole et le gaz. Ces solutions sont productrices de dioxyde de carbone lors de la consommation des fossiles. Elles représentent un peu plus de 50% de notre production d’énergie, production en bonne partie pour le chauffage et les transports. Vient ensuite le nucléaire, qui représente environ 40% de notre production. Le nucléaire demande une ressource minière, l’uranium, et produit des déchets radioactifs que l’on traite en partie dans les centrales et que l’on enterre ensuite. Cette solution ne produit pas de dioxyde de carbone au niveau des centrales nucléaires, mais seulement à l’extraction du minerai et lors de la gestion des déchets, ce qui en fait une source propre en termes de gaz à effets de serre. Le reste nous vient de l’hydroélectrique (qui est très bien développé en France par rapport à nos capacités géographiques) et nous vient, pour le reste, des énergies à sources renouvelables comme l’éolien ou le solaire.

Sur le papier, les sources renouvelables d’énergie sont très alléchantes : on utilise des ressources naturelles et propres d’énergie, dont la récupération demande assez peu et donc produit peu de gaz à effet de serre et ne produit pas de déchet. Cependant, à cela il y a de très fortes contraintes.
Par exemple, l’hydroélectrique dépend de notre géographie. Contrairement au Québec qui a des fleuves puissants dans le Nord de son pays et peut ainsi produire 98% de son électricité par cette source, on ne peut pas en France mettre un nombre toujours croissant de barrages. Pour ce qui est de l’éolien et du solaire, la limitation vient du fait que ce sont des sources très variables : elles dépendent du climat. Sans solution de stockage il est impossible de les exploiter plus qu’à la marge. Or ce stockage se fait soit avec des batteries, ce qui a un impact écologique non négligeable, soit avec des solutions comme l’hydrolyse de l’eau, ce qui produit un gaz que l’on consomme ensuite, mais c’est une solution trop onéreuse actuellement.

Maintenant rappelons un autre fait. La production d’énergie en France est déjà relativement propre d’un point de vue de la production de gaz à effet de serre. En 2014, un habitant produisait en une année 5,1 millions de tonnes de dioxyde de carbone, contre 9,21 en Allemagne et 16,15 aux États-Unis. Ce chiffre faible en comparaison avec notre voisin germanique vient en particulier du fait qu’une grande partie de l’électricité que nous produisons provient du nucléaire et de l’hydraulique.
La priorité en France n’est donc pas la même que nos voisins. Nous n’avons pas autant besoin de limiter la production de gaz à effet de serre. Cependant, il nous faut garder à l’esprit que cela vient du fait que notre principale source d’électricité est le nucléaire. Or, c’est la source qui fait débat actuellement.

Le nucléaire produit des déchets, qui sont en partie traités mais aussi beaucoup enterrés. À cela on peut compléter une large discussion sur la radioactivité naturelle et les risques à mesurer d’un tel enterrement. Mais passons directement au problème central, à savoir celui du remplacement.
Le remplacement du nucléaire se ferait, d’après certains, par une hausse des énergies à source renouvelable comme l’éolien ou le solaire. Cependant, ces sources ne peuvent pas raisonnablement être à plus de 30 ou 40% de notre production, du fait de leur grande variabilité et de notre incapacité à les stocker.
L’aspect stockage est très important. Imaginez bien que pour stocker ne serait-ce que deux jours de consommation électrique, il faudrait 12 millions de tonnes de batteries utilisant 360 000 tonnes de lithium, sachant que nous n’en n’extrayons mondialement que 40 000 chaque année. Ce serait un désastre écologique énorme pour seulement, je le rappelle, deux jours de consommation.

Les énergies renouvelables sont donc très intéressantes mais ne peuvent pas constituer notre apport principal d’électricité. Il y a donc à cela trois possibilités si l’on souhaite réduire les déchets nucléaires : premièrement, et c’est la meilleure des solutions, réduire nos consommations en énergie ; la deuxième solution consiste à remplacer les centrales nucléaire par des centrales à énergie fossile, mais ça serait un recul environnemental important ; la troisième solution c’est d’investir dans la recherche et développement pour mieux traiter les déchets nucléaires à travers les centrales de quatrième génération.
Si notre priorité, c’est le maintient d’une énergie peu productrice de gaz à effet de serre, alors il faut conserver le nucléaire, voire le faire progresser avec l’augmentation de nos consommations en électricité, en particulier si nous augmentons le parc automobile électrique. Les énergies renouvelables ne peuvent pas constituer notre source principale, en revanche nous devons continuer de les développer pour les porter à un meilleur niveau, et en particulier faire progresser les solutions de stockage d’énergie.

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